Projet Casa Grande

Aurora

Le silence assourdissant de ce no man’s land rendit notre première nuit des plus reposantes. Le réveil nous tira du lit à 8h00 en ce premier jour à Casa Grande. Les premiers rayons du soleil surgirent de derrière les montagnes, irradiant l’école de sa douce chaleur après une nuit déjà très fraiche en cette fin d’été.

Nous tirâmes nos filles de leur sommeil avec cette déclaration motivante : “c’est la rentrée !”. Depuis plusieurs mois nous les avions préparées à cette aventure mais pour elles, l’aventure avait un sens particulier car elles allaient aller en classe au bout du monde. Elena, qui n’avait encore jamais trainé son fond de culotte sur les bancs de l’école, attendait ce jour avec impatience ! Quoi de mieux que de faire sa toute première rentrée des classes dans un lieu aussi improbable ?

Rapidement habillés, nous sortîmes de notre dortoir et découvrîmes Doña Claudia, la femme de ménage, déjà à la tâche, balayant les premières feuilles jaunies tombées au sol, qui annonçaient l’arrivée imminente de l’automne.

Nous nous rendîmes au pied du drapeau où nous retrouvâmes les enfants, dont les garçons, fraichement coiffés, affichaient une raie parfaite sur le côté. La Directrice désigna Santiago, l’ainé des 3 frères Salas, et ce dernier s’approcha au pied du grand mât. Miguel alluma alors une vieille chaine hifi et lança le chant du drapeau argentin. Dans le silence du petit matin, le piaillement des oiseaux fut alors interrompu par un air grave, solennel, envoûtant. Au son des trompettes, les voix des enfants s’élevèrent dans les airs, entonnant Aurora, le chant du drapeau argentin.

Alta en el cielo, un águila guerrera
Audaz se eleva en vuelo triunfal.
Azul un ala del color del cielo,
Azul un ala del color del mar.

Así en el alta aurora irradia.
Punta de flecha el áureo rostro imita.
Y forma estela al purpurado cuello.
El ala es paño, el águila es bandera.

Es la bandera de la patria mía,
del sol nacida que me ha dado Dios.
Es la bandera de la Patria mía,
del sol nacida que me ha dado Dios.

Haut dans le ciel, un aigle guerrier
Audacieux se lève en un vol triomphal.
Une aile bleue de la couleur du ciel,
Une aile bleue de la couleur de la mer.

Ainsi, du haut, son aura irradie.
Le visage doré évoque fers de flèches.
Et fait sillage au cou pourpré.
L’aile est étoffe et l’aigle est drapeau.

C’est le drapeau de ma patrie,
Né du soleil, que Dieu m’a donné.
C’est le drapeau de ma patrie,
Né du soleil, que Dieu m’a donné.

Ce chant tiré de l’opéra du même nom, écrit par Héctor Panizza en 1908, fut choisi en 1945 comme le chant officiel du drapeau argentin, que chaque école du pays devrait alors chanter chaque jour. Malgré les dissonances entre les petits et les grands, une grande ferveur émanait du groupe. Les enfants chantaient. Avec ardeur pour certains, timidement pour les autres, mais tous avec un grand respect dans les yeux pour ce rituel patriote important.

A la fin du chant, les enfants se remirent à la queue leu leu. Une fois le silence revenu, la Directrice salua les enfants.

– “Buenos dias niños !”

– “Buenos dias Señorita !”

Chaque adulte salua ainsi les enfants avant que la Directrice ne les invite enfin à rejoindre la salle à manger pour prendre leur petit déjeuner. Ce que nous fîmes également car, il faut bien l’avouer, cet élan patriote nous avait, semble-t-il, affamés !

Santiago lève le drapeau argentin

Chacun s’assit à table devant une tasse en étain et une assiette en aluminium. Des tranches de “pan dulce”, un pain délicieux à l’anis préparé par la cuisinière, Clementina, étaient disposées sur la table. Tandis qu’un grande théière remplie de thé à la cannelle, attendait, fumante, sur le poêle à bois. Clementina servi à chacun une tasse de thé dans laquelle nous nous empressâmes de tremper une tranche de ce délicieux pain. Curieusement, ce petit déjeuner frugal nous fit oublier très vite nos croissants et tartines beurrées bien français !

Le repas terminé, une prière fut prononcée et les enfants partirent en classe, suivis de près par nos deux filles, ravies ! Pendant que les filles faisaient leur rentrée, Estelle et moi nous sommes attelés à la tâche. Estelle a rapidement aidé en cuisine et j’ai entrepris de casser le carrelage mural de la salle de bain de la Direction au marteau et au burin. Nous impliquer rapidement et intensément dans le quotidien de l’école était une manière pour nous de nous intégrer au sein de la petit communauté. La parole étant discrète, c’est donc dans l’action que nous allions créer le lien avec nos hôtes.

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